L'AFFAIRE SANKARA

Le Roman L'Affaire Sankara met à nu la cruelle réalité politique et sociale de l'Afrique d'hier et d'aujourd'hui.

KY0016

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Le roman L’affaire Sankara est construit à partir de faits réels. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara, président du Burkina Faso, est abattu par Blaise Compaoré, compagnon d’armes et ami, qui prit immédiatement sa succession à la présidence du pays. Ceci était l’aboutissement de l’étape révolutionnaire que tous les deux avaient mise en marche quatre ans auparavant. Un épisode unique sur le continent africain, qui éveilla de nombreuses adhésions parmi la jeunesse et de multiples craintes dans les pays voisins et dans la République Française.

Avec cette œuvre brûlante, Antonio Lozano donne un nouvel éclairage sur la réalité qui est toujours d’une actualité frissonnante et nous offre un vibrant thriller politique, digne de la meilleure tradition du genre.

Qui avait donné l’ordre à Compaoré de tirer sur Sankara ? Le journaliste français Emmanuel Durand avait interviewé le président juste avant sa mort. Son admiration pour cet homme, idéaliste, impertinent et charismatique, le conduit à entamer des recherches sur les trames secrètes qui font la politique en Afrique et à découvrir les souterrains dans lesquels se forgent les véritables relations entre les pays africains et les anciens colonisateurs. Une œuvre indispensable pour tous ceux qui aiment ce genre et qui met à nu la cruelle réalité de l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui.

 

Table des matières

1. Ouagadougou, 15 octobre 1987. 15 

2. Un autre gin, ami Albert. 26

3. Problèmes pour le gouverneur. 39

4. Liberté pour Sankara. 45

5. Une promenade au marché. 57

6. Le Général à Brazzaville. 79

7. “Aujourd’hui, 4 août 1983…”. 91

8. Treize tombes à Dagnoen.. 99

9. Le roi peut attendre. 121

10. “C’est moi ton peuple”. 136

11. Treize chemises et un Caterpillar. 150

12. Un beau prénom français. 179

13. Une femme incroyable. 188

14. Le voyage d’Albert. 205

15. La colère du Vieux. 234

16. Le jour des kalash.. 242

17. Bienvenu au pays de la Grande Vérité. 248

Épilogue.... 289

 

OUAGADOUGOU, 15 OCTOBRE 1987

À six heures du matin, le président Thomas Sankara se réveilla en sursaut. L’oreiller trempé de sueur trahissait une nuit secouée, un sommeil agité par ces mêmes pensées qui l’avaient maintenu éveillé jusqu’à l’aube.

Mariam s’était déjà levée. Thomas savait que pour elle la nuit n’avait pas été paisible non plus. Les rumeurs sur l’affrontement entre Blaise Compaoré et lui circulaient dans les rues de Ouagadougou. Quelques semaines auparavant, elle avait été profondément émue par la lettre d’une amie dans laquelle elle lui faisait savoir avec certitude que les intentions du ministre de la justice  étaient de supprimer tous les obstacles qui se dressaient sur la route qui menait à la présidence du Burkina Faso. Dès lors, elle vivait dans la crainte du moment fatidique. Les efforts qu’elle faisait pour se calmer, pour croire que les choses s’arrangeraient, qu’elle n’avait rien à craindre, que Blaise ne ferait jamais cela, étaient inutiles.

Thomas écarta la moustiquaire et s’assit sur le bord du lit. Auguste et Philippe devaient être déjà debout, se préparant pour aller au collège, étrangers aux soucis qui le maintenaient en éveil. Il décida de prendre son petit-déjeuner avec eux, il voulait leur parler, les aider à se préparer au rôle ingrat d’être les enfants du président. Ses responsabilités l’occupaient du lever au coucher du soleil, elles ne lui laissaient que peu de temps pour se consacrer à eux. Dans son for intérieur, il était en proie à une agitation qu’il essayait d’assumer comme s’il s’agissait d’un sacrifice offert par sa famille pour le rêve d’un nouveau Faso.

Il enfila son boubou  et, comme tous les matins, il arpenta les dépendances de l’édifice présidentiel pour saluer les fonctionnaires, les employés, les cuisiniers et leur annoncer, en leur rendant visite, que rien ne lui échappait dans les affaires domestiques, malgré tous les soucis que lui occasionnaient les affaires d’État. Une fois dans la cour, il reçut, avec son habituelle satisfaction, le souffle des matins de son pays, quand le vent n’est pas encore brûlant et qu’il arrive chargé d’odeurs de mangue et de terre apportant les rumeurs d’une ville qui vient de s’éveiller.

Blaise Compaoré. Il se souvenait encore très bien des mois qu’ils avaient vécus ensemble à l’École des Parachutistes de Rabat, des longues conversations à la caserne  et dans les bistrots de la ville où ils envisageaient conjointement de faire sortir leur peuple du chemin que la France avait tracé pour lui sur la carte de l’Afrique Occidentale. En parlant des temps nouveaux, leurs discussions se remplissaient de mots inconnus pour leur pays : liberté, indépendance, bien-être, dignité. Ils n’avaient pas encore trente ans et ils avaient déjà décidé que l’histoire de la Haute Volta ne s’écrirait pas sans leur concours.

Non. Blaise ne le trahirait pas. Ensemble, ils avaient fait la révolution ; ensemble, ils resteraient jusqu’à la fin. C’était son compagnon d’armes, son camarade révolutionnaire. Son frère.

Durant des années, ils avaient partagé la même table. Mariam lui avait servi le to tous les jours, le kédjénou dans les grandes occasions. Auguste et Philippe avaient mangé assis sur ses genoux. Main dans la main, ils s’étaient promenés avec lui dans les rues de Ouagadougou. Chez ses parents, il était un enfant de plus et l’amitié qui les unissait était devenue une légende pour le peuple burkinabè.

Il est vrai qu’ils ne s’entendaient plus très bien entre eux. Depuis que Blaise s’était marié, deux ans auparavant, ses visites à la famille s’étaient espacées puis s’étaient interrompues.

Dernièrement, beaucoup de personnes le prévenaient contre sa conspiration, le mettant en garde : “c’est un ambitieux”, “il veut ta place”, “il veut ta peau”.

Mais il restait son ami, son meilleur ami. Et lorsque ces personnes insistaient pour qu’il prenne les devants, il répétait la phrase de Robespierre : “Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Il n’est pas encore arrivé le temps où les hommes de bien pourront servir impunément la patrie. Tant que les hordes de bandits domineront, les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits.”

“Non, jamais je ne lèverai mon petit doigt contre lui”, murmura-t-il pendant qu’il abandonnait dans la cour l’ombre du gigantesque flamboyant qui se dressait au centre. “Si je le fais, tout ce que nous avons construit ensemble s’effondrera et notre peuple sombrera de nouveau dans l’obscurantisme. Nous continuerons de parler, nous trouverons bien une solution à tout cela parce que nous sommes deux frères”.

* * *

Le capitaine Sankara n’avait jamais consenti que le personnel de la résidence présidentielle privilégie les siens. Seule Ernestine, qui travaillait déjà pour lui quand il était célibataire et qui demeura chez eux comme un membre de plus de la famille, était autorisée à s’occuper de la maison et des enfants. Dès le premier jour de son arrivée au pouvoir, il avait décidé que leur vie ne devrait guère changer pour eux. Il supprima de la résidence tout ornement qui pourrait laisser entendre qu’ils étaient différents de ce qu’ils avaient toujours été : les membres les plus jeunes d’une famille simple, austère, honnête....

Editeur : Editions La Citadelle
Date : octobre 2013
Format : 13.5 x 21 cm
Pages : 296
ISBN : 978-2-981410-62-7

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